Description
Doucement ! ne propose pas de solution au fléau universel de la maltraitance des enfants. Sa ligne de fuite est ailleurs. Alternant entre les positions de témoin et de victime de la violence, Matthieu Frou veut explorer, fragment par fragment, d’anecdote en petit fait vrai, à petits pas, à mots mouchetés, doucement oui, les affects qui poussent à frapper, qui poussent à aimer frapper, et même ceux qui parfois poussent à s’exposer aux coups.
Le narrateur, un jeune homme nommé Thomas, atterrit dans un pays d’Afrique dans le cadre d’une mission humanitaire. Il séjournera dans la famille de Raoul, fondateur d’une association de prévention contre le SIDA, et cohabitera donc avec la femme de Raoul et son bébé Victoire, avec sa soeur Leslie aux charmes troubles, et surtout avec Ignace, vague demi-frère de Raoul, sale gosse et souffre-douleur du village dominé par la figure de PAPA.
Après quelques fragments de prise de contact, le sort réservé à Ignace fait affleurer des souvenirs de Thomas ayant trait aux coups reçus durant son enfance dans sa famille impeccablement bourgeoise. Les faits qu’il a sous les yeux en Afrique servent de déclencheurs à un examen à froid de la violence subie il y a une ou deux décennies. Aurait-ce pu être à une autre occasion et sous d’autres cieux? Sans doute.
Doucement! n’est pas un témoignage d’enfant maltraité comme nous en avons lu beaucoup ces dernières années, libération de la parole aidant. Ceci parce que le narrateur s’inclut lui-même dans le processus de violence: d’abord en suggérant que la fratrie infernale qu’il formait avec ses deux frères, sans légitimer aucunement la violence parentale, pouvait aussi faire partie du problème. Ensuite en notant sobrement ici et là que le traitement réservé au tout aussi infernal Ignace lui procure, à lui le militant de l’éducation non violente, une certaine satisfaction, au point qu’il aura à son tour la main leste à quelques reprises.
Épousant la confusion et la douce sidération de Thomas, le texte laisse éprouver notre relation à la violence familiale, cette potion universellement amère, mal digérée, refoulée, taboue. Rien de tel que la littérature pour s’enfoncer dans des marécages psychologiques que la bienséance sociale préfère ignorer.


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